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dimanche 24 avril 2011

La faim et la rancoeur

La faim et la rancoeur enflammaient la rue, reprenant leur fonction la plus légitime, la plus sublime, la plus naturelle. Les soldats de la banlieue luttaient contre une France narcissique qui ne supportait de voir ses adolescents croire en d'autres idoles de pierre. II s'agissait du dernier cri du noyé, muet et incompréhensible, pourtant le Pouvoir, roi des rois, matait le cri de la jeunesse exsangue comme un mouvements périphérique vulgaire et dissident, comme une jacquerie, comme une foule délirante et incontrôlable. Le pouvoir peut être si stupide et si sourd aux cris de nos dix-sept ans. Ce n'est pas contre la loi que s'insurge le peuple, mais contre le mépris.


L'art est toujours concomitant des mouvements sociaux, des battements de coeur de la cité. Il est une façon de comprendre le liens sociaux, ou la carence de ceux-ci.


Le rap n'était sûrement pas le salut, mais, il n'est pas improbable qu'il ait été une forme d'exprimer des inquiétudes. Et, somme toute, il est d'une insondable tristesse que le monde ait traité avec aussi peu de respect la désespérance souterraine d'une génération.


mardi 9 février 2010

Larmes de Crocodile





Les terres émergées sont recouvertes en grande partie de faim, de crasse, de larmes et de désespoir. La vérité du monde est qu'il est un océan de pauvres.

Les haïtiens, pauvres parmi les pauvres, nègres parmi les nègres, damnés parmi damnés ont été traités avec empire par cette Terre jovienne, impérieuse et indolente. La toute-puissance de la Terre nous ramène à cette condition, toujours humiliante, d'hommes désarmés, de mortels face aux dieux. Sans doute, cette condition de faiblesse et d'impuissance face aux caprices de Gaia nous rend, aussi, plus attentifs aux malheurs de ceux qui partage nos traits . Ainsi, l'opinion publique des pays riches, découvre le 12 janvier dernier avec une tristesse, qu'il conviendrait de voir comme sincère, les ravages causés par le tremblement de terre à extrémité occidentale d'Hispaniola. C'est, en effet, ce seul facteur de l'opinion de la bienpensante classe moyenne des pays qui sont, que l'on veuille ou non, les maître des monde, qui décide du malheur d'autrui. La hiérarchie des faims, le degré de l'infamie, le calcul des larmes, la somme totale de tristesse, l'importance de l'horreur forain sont toujours laissés aux soins des jugent téléspectateurs.

Le comportement d'un être normalement constitué face aux désastres qui touchent de manière naturelle les hommes est assez fortement prévisible. Néanmoins, le nombre et la force des vagues de cet océan de misère qui entourent les nantis de cette île industrielle, obligent ces derniers à être volages en solidarité, indisciplinés en compassion.

Les voix politiques sont d'autant plus méprisables qu'elles sont cyniques et calculatrices, elles racolent le moutonnement des foules électrices et larmoyantes. L'action politique est peut être d'autant plus fautive qu'elle agit en trompe l'oeil. Pour le cas haïtien, les États-unis ont certes été présents, mais l'aide européenne était de 430 millions d'euros, soit 4 fois plus importante que la contribution américaine. Le mutisme d'Ashton et les logorrhées de Clinton sont tout aussi lamentables, avec une mention spéciale pour la première.

Lorsque l'horreur est général, lorsque la misère imbibe la condition humaine où qu'elle se trouve, l'affolement des oracles de l'opinion est infâme, les larmes de l'opinion sont innécessaires.




Photo : Markus Bollingmo, www.markusbollingmo.com

mardi 24 mars 2009

The Westfailure System ou l'échec d'un mirage



Il est de bon ton de critiquer l'occident. Il est bien vu de médire sur les banquiers et les financiers. Il est bon ton de critiquer tout ce qui accompagne l'adjectif libéral. Il est bien vu de médire médias, écoles, élites, État, civilisation, économie, politique, relations internationales, économie politique, économie politique internationale. Tout est fautif. L'erreur était structurelle. L'occident fait fausse route depuis deux cents ans, rien n'est à sauver, dans la terre comme dans les cieux. La civilisation occidentale était un mensonge historique, notre monde est passé de la barbarie à la décadence sans connaître le salut. Il est de bon ton de critique qui nous sommes, d'expier nos péchés libéraux dans une flagellation intellectuelle perpétuelle.
Je le crois, tout seul, mais je le crois. Je crois que la philosophie libérale, que la civilisation occidentale ne sont pas plus blâmables que les autres civilisation aujourd'hui ou à d'autres temps. Les libertés ne sont peut être qu'un songe niais. Une masturbation de la pensée. Une construction intellectuelle. Un justificatif mensonger de ce système de choses. Un trésor d'une beauté et d'un valeur absolue et indéfinie. Je n'est pas choisi d'être le pion d'une civilisation, mais malgré moi, je le suis. Mon esprit est façonné par des siècles aveugles, par des ages océanique, par l'œuvre d'hommes et femmes que je ne connais pas et qui ne me connaissent pas. C'est un ensemble, j'en fais partie.
Le monde des libertés est le mien. Si quelque chose est à blâmer ce n'est sûrement pas notre civilisation, elle est ce qu'elle est et vaut ce qu'elle vaut. Renier l'occident libéral c'est se renier soit même, le fond et la forme, son esprit et son corps.

Pourtant. Pourtant, les sociétés s'interrogent sur la source de l'erreur. Sur l'entité qui a éjaculé la crise actuelle de ses entrailles abyssales et maudites. Maudit libéralisme économique! Le fureur de la plèbe est infinie. La fureur de la foule n'a plus de forme. Elle veut la tête des princes félons!
Pour certains -la foule ivre de rage donc- l'erreur est intrinsèque aux dynamiques et aux comportements engendrés par le libéralisme économique.
La Réponse serait là! Nous avons résumé la crise et ses maux! Toute la crise économique est la faute d'une théorie. Toute la crise économique, les souffrances, les licenciements, les injustices puis nous pouvons rajouter la masturbation, la mélancolie et la laideur exécrable et intolérable de certains de nos congénères!
La réponse serait trop facile, au quel cas il suffirait de mettre 3 millions de personnes entre deux places de l'est parisien et en quelques provinces françaises et tout notre système économique s'effondre comme par l'enchantement d'une fée syndicaliste.

La théorie libérale, n'est rien d'autre qu'une théorie. Moins que la théorie ce qui est à blâmer est l'aveuglement face à la théorie. L'obstination dévote et absurde d'idéologues et des élites endoctrinées. L'erreur n'est pas la théorie qui a bien des mérites, mais la naïveté sinon la mauvaise foi insondables des cette poignée d'hommes -souvent plus doués que la moyenne- qui dirigent le monde.
Le monde occidental a cru à une abracadabrantesque main invisible. Laissez faire! Oubliez les hommes, pensez à la main invisible, elle s'en chargera. L'action de l'homme n'y peut rien. Tout se règle. Laissez passez! L'homme dans sa petitesse est incapable et démuni. Tel est le credo.
Là est l'échec de la pensée occidentale moderne. Ce que Susan Strange nomme, non sans ironie, « The Westfailure System ». Pour, cette ancienne enseignante à la London School of Economics, la principale erreur était de faire une séparation étanche entre la politique, l'action de l'homme , et l'économie libéral. D'oublier d'accompagner la main invisible de la main de l'homme. En prétendant oublier l'action humaine, prépondérante et indispensable, l'occident libéral se jetait dans une piscine vide. Ce divorce est né dans le monde universitaire qui a formé, éduqué et formaté l'esprit des élites dirigeantes. A ce sujet R. Tooze, résume la pensée de Strange en écrivant que « le renforcement de la théorie et de la pratique libérales (puis néolibérales) et l'institutionnalisation de cette théorie et de cette pratique dans l'ordre économique de l'après-guerre mettaient l'accent sur la séparation "concrète" et normative des deux disciplines. » Cette pensée est d'autant plus réconfortée que des erreurs interventionnistes viennent illustrer les craintes des néo-libéraux, ce qui pourrait être appelé en France « le traumatisme Mauroy ».
De cette séparation normative et invraisemblable naît un véritable déséquilibre dans les phénomènes humains. En effet, l'idéologie dominante d'une globalisation néolibérale voit la société uniquement à travers de l'économie et use de la politique pour garantir ses buts, tout en insistant sur la séparation effective des deux.
La clef de l'échec du système occidental est l'oubli par une société qui vit à travers l'économie de l'homme et de son épanouissement. Les néo-libéraux ont perdu le sens de l'humanité au profit de la construction d'une société onirique, de la construction d'un château de sable dans la tempête de l'Histoire.




Crédit image : Thomas Brun.

mercredi 3 septembre 2008

Sur la question des partis d'extrême droite





Je pense que la plupart des choses d'une pertinence évidente ont été dites, et la difficulté de trouver un point équidistant entre les libertés fondamentales, piliers de notre régime démocratique, et les excès intolérables de certaines mouvances politiques per se incompatibles avec le régime en place a été amplement débattue.

Je voudrais tout simplement signaler aux nouveaux droit-de-l'hommistes, et autres nouveaux inquisiteurs de tout poil qui s'offusquent de l'existence de ces partis, que la volonté contrôler d'instaurer un « ordre juste » au nom d'une vérité politique d'une valeur intrinsèque est l'une des caractéristiques premières des régimes totalitaires et antidémocratiques.

Ce qui est vraiment regrettable -bien plus que l'existence du FN- est l'état de la démocratie et l'exacerbation des passions démocratiques qui ne font que restreindre les libertés de peur de perdre ces dernières. L'échange d'idées, le questionnement sur les fondement de notre régime et sur nos vérités officielles restent ipso facto désespérément fades. Ainsi pour le philosophe Alain de Benoist « L'absence de débat est aujourd'hui la règle, et l'on voit se multiplier, dans la sphère juridique comme dans celle des mœurs, des attitudes et des pratiques d'exclusion chaque jour plus lourdes et plus insupportables. »

Sacrifier la liberté de penser au nom de la bienséance du politiquement correcte sur l'autel de la « pensée unique », revient à cristalliser l'un des leitmotivs des régimes autoritaires : « l'ordre ».
C'est au nom de l'ordre que Bonald, Maistre, Maurras,et leurs hoirs contemporains revêtus d'un déguisement droit-de-l'hommiste exècrent les philosophies qui contredisent ce qu'ils pourraient appeler « le bon régime ». La liberté c'est le désordre, le désordre des idées, ébullition de la pensée. « Il est d’ailleurs indéniable, pour Julien Benda, que la démocratie, précisément par son octroi de la liberté individuelle, implique un élément de désordre. »
C'est d'autant plus dangereux et regrettable que ces nouvelles inquisitions, qui ont comme subliminal dénominateur commun l'instauration d'une forme d'ordre intellectuel, s'autolégitiment parce qu'elle sont le fait du pouvoir en place. Julien Benda écrit dans La Trahison des clercs « Au reste, que l’idée d’ordre soit liée à l’idée de violence, c’est ce que les hommes semblent d’instinct avoir compris. » Ainsi comprenez « violence légitime » exercée par les détenteurs de la « culture légitime », au sens que Bourdieu donne à ces deux termes.

En somme, restreindre les libertés fondamentales pour éviter la prolifération de mouvances antidémocratiques relève du non sens, voire du pléonasme philosophique. Ainsi « quand dans un État, dit Montesquieu, vous ne percevez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas. »



Nota bene: Les partis d'extrême droite ne sont pour la plupart d'aucune équivalence morale aux partis d'extrême gauche. Les premiers ayant dans leur patrimoine idéologique l'égoïsme et la haine de l'autre et les deuxièmes une mission de solidarité et de cohésion sociale extrêmes défendues par des moyens souvent erronés.

Le rêve d'Obama



Je ne suis pas pour John McCain, pour des raisons assez simples. Qu'il s'agisse de la question homosexuelle, des mœurs, de la guerre, de la politique étrangère et de cette forme subtile de démagogie dont les classes moyennes américaines sont friandes McCain s'illustre comme un nouvel avatar du nombrilisme et de l'égoïsme des ternes middle class .


Obama, a des mérites, une histoire, une destinée. En somme, il vend du rêve. Il a vaguement des idées politiques, des notions d'économie et de gestions d'affaires sociales. Le jeune homme a étudié à Harvard et à Columbia University. On lui reconnaît ça. On applaudit. Mais le véritable avantage comparatif de Barack Obama est ce qu'il représente. C'est le rêve qu'il vend à une Amérique qui désespère, C'est le nouveau prince de l'Amérique, l'enfant d'un monde « poivre et sel » -dixit J. Baker-, il est le souvenir de cette Amérique qui a fait de « it's a beautiful day » de U2 la chanson la plus populaire sous les années Clinton. Plus qu'avoir un rêve, c'est l'ambassadeur du rêve.

Je ne sais pas comment Freud définit le rêve, mais en politique c'est un déception à en venir, et en économie ce n'est rien de plus dans le porte-monnaie. Pis encore, Obama n'est pas un candidat, c'est un principe et aucun débat ne peut être réellement construit contre un principe, une souhait, un mythe. C'est une image, celle du noir qui a réussi dans l'Amérique raciste. On applaudit. C'est l'image de la jeunesse dans une Amérique qui vit pour l'apparence. On en rit. Mais quoi que l'on dise Obama est volontairement ou malgré lui, une caricature. Et en politique on ne débat avec une caricature. Le journaliste espagnol F. Jimenez Losantos sentence « c'est une question esthétique et morale ». C'est une question de principe.

Passons sur ses amitiés avec un pasteur amère et fou, sur sa carrière politique blanche (car vide face à ses adversaires), sur son opinion sur le thème de l'émigration (il a voté la construction du mur à la frontière mexicaine), sur ses opinions irresponsables sur la fin de la guerre en Irak. Passons, car on ne peut rien en dire, on ne peut pas accuser une caricature.

Les médias l'adorent de l'autre côté de l'Atlantique, cela suffira à faire de lui un bon président au pays de Britney Spears et de Paris Hilton. Il est noir et beau ça fera l'affaire de notre côté de l'Atlantique.